Investissement financier : par où commencer ?
23 mars 2026 · John BERGERAT
Près de 60% des ménages suisses détiennent leur épargne exclusivement en compte bancaire, selon une enquête de la BNS publiée en 2023. C'est une erreur coûteuse : avec un taux d'épargne moyen de 0,25% et une inflation qui a dépassé 3% en 2022, chaque franc laissé sur un compte perd de la valeur en termes réels. Pourtant, la Suisse offre un cadre fiscal exceptionnellement favorable à l'investissement financier, notamment l'absence totale d'impôt sur les gains en capital pour les particuliers. Ce guide vous donne les étapes concrètes, avec des montants réels en CHF, pour faire votre premier placement financier sans vous perdre dans la théorie.
Définir ses objectifs : la question que personne ne pose vraiment
Avant de choisir un ETF ou d'ouvrir un compte chez Swissquote, posez-vous une seule question : pourquoi investissez-vous cet argent ? La réponse change tout, littéralement.
Un objectif de retraite à 30 ans justifie une allocation très différente d'un projet immobilier à 5 ans. Dans le premier cas, vous pouvez absorber des baisses temporaires de 40% sans conséquence concrète sur votre vie. Dans le second, une telle chute vous empêche d'acheter votre appartement au moment voulu.
Je recommande de classer vos objectifs selon trois horizons :
Cette distinction n'est pas académique. Dans ma pratique, la majorité des erreurs que j'observe chez les investisseurs débutants viennent d'un mélange entre ces horizons : on investit en bourse de l'argent dont on aura besoin dans 18 mois, puis on vend en panique lors de la première correction.
L'épargne de précaution : le prérequis que vous ne pouvez pas ignorer
Commencer à investir sans filet de sécurité, c'est construire une maison sans fondations. La règle est simple : avant votre premier placement financier, constituez une réserve de 3 à 6 mois de dépenses courantes sur un compte d'épargne liquide.
Pour un ménage suisse avec des charges mensuelles de CHF 4'500, cela représente entre CHF 13'500 et CHF 27'000. Cette somme reste sur un compte épargne, pas en bourse. Son rôle est de vous éviter de vendre vos investissements au pire moment, typiquement lors d'une perte d'emploi ou d'une dépense imprévue.
Ne négligez pas non plus le pilier 3a. Si vous avez un revenu salarié en Suisse, la déduction fiscale du 3a (CHF 7'056 en 2024 pour les salariés) est un rendement garanti qui peut atteindre 20-30% selon votre taux marginal d'imposition. Des solutions comme Viac ou Finpension permettent d'investir jusqu'à 97% de votre 3a en actions mondiales. C'est votre premier investissement à optimiser, avant tout compte de courtage.
Évaluer son profil de risque : soyez honnête avec vous-même
Les questionnaires de profil de risque des banques sont conçus pour vendre des produits, pas pour vous connaître. Voici un test plus utile.
Imaginez que votre portefeuille de CHF 50'000 perd CHF 15'000 en deux mois, soit une baisse de 30%. C'est un scénario réaliste : le SMI a perdu 26% en 2022, le S&P 500 a chuté de 38% en 2008. Votre réaction instinctive est-elle de vendre pour stopper les pertes, d'ignorer la baisse, ou d'acheter davantage ?
Si votre première réaction est de vendre, un portefeuille à 80% actions va vous coûter cher, pas en théorie, mais en CHF réels perdus sur des ventes à mauvais timing. Les études comportementales de Dalbar montrent que l'investisseur moyen sous-performe son propre fonds de 1,5 à 3% par an à cause de décisions émotionnelles.
Pour débuter, trois profils suffisent :
Ces chiffres sont basés sur les données de rendement long terme des indices globaux (MSCI World, Bloomberg Aggregate Bond Index) sur 30 ans. Ils ne sont pas garantis, mais ils donnent une base rationnelle pour calibrer vos attentes.
Choisir un courtier : les options concrètes depuis la Suisse
Trois plateformes méritent votre attention pour débuter un investissement financier depuis la Suisse.
Swissquote est le courtier suisse de référence, régulé par la FINMA. Les frais sont plus élevés (CHF 9 à 30 par transaction selon le montant), mais la sécurité est maximale, la plateforme est en français et les dépôts sont protégés jusqu'à CHF 100'000 par la garantie des dépôts suisse. Pour un investisseur qui commence avec CHF 10'000-50'000 et fait peu de transactions, c'est un choix raisonnable.
Interactive Brokers (IBKR) propose des frais nettement inférieurs (environ 0,05% du montant, minimum USD 1 par ordre en actions américaines) et un accès quasi illimité aux marchés mondiaux. La plateforme est plus complexe. Pour quelqu'un qui veut acheter des ETF régulièrement et optimiser les coûts, c'est difficile à battre.
Degiro est accessible, avec des frais très bas sur les ETF de leur liste gratuite. Attention : c'est un courtier néerlandais, hors FINMA, et la structure de prêt de titres mérite d'être comprise avant d'y déposer des montants importants.
Mon conseil pratique : si votre capital de départ est inférieur à CHF 20'000, les frais absolus restent faibles partout. Choisissez la plateforme avec laquelle vous vous sentez à l'aise, vous investirez plus régulièrement. Au-delà de CHF 50'000 et avec un horizon long terme, l'optimisation des frais justifie de regarder IBKR sérieusement.
Rappel fiscal important : en Suisse, le stamp duty (droit de timbre) de 0,075% par partie (soit 0,15% aller-retour) s'applique sur les transactions en valeurs mobilières suisses et étrangères via un courtier suisse. Pas d'impôt sur les gains en capital, mais les dividendes perçus de sociétés suisses sont soumis à l'impôt anticipé de 35%, récupérable via la déclaration fiscale.
Vous souhaitez un accompagnement sur ce sujet ?
Échanger avec John BERGERATConstruire son premier portefeuille avec des ETF
Pour un débutant, la réponse est presque toujours la même : des ETF indiciels à bas coûts. C'est la conclusion de plusieurs décennies de recherche académique, de Fama-French aux travaux de Sharpe, et c'est ce que recommande Warren Buffett pour les investisseurs non professionnels.
Un portefeuille de départ simple et efficace pour un profil équilibré avec CHF 20'000 :
Vérifiez que vos ETF sont de structure UCITS (European), domiciliés en Irlande ou Luxembourg de préférence, pour optimiser la fiscalité des dividendes. Un ETF accumulant (Acc) réinvestit automatiquement les dividendes, ce qui évite la retenue à la source dans certains cas et simplifie la gestion.
Puis investissez régulièrement. Un versement mensuel de CHF 500 sur ce type de portefeuille, maintenu 25 ans avec un rendement annuel de 6%, produit environ CHF 347'000. Le même montant laissé sur un compte épargne à 0,25% donne CHF 160'000. La différence n'est pas marginale.
Ne cherchez pas à anticiper le marché. Je n'ai jamais vu de modèle quantitatif capable de le faire de façon consistante sur 10 ans. Les études SPIVA montrent que plus de 85% des fonds actifs sous-performent leur indice de référence sur 15 ans. Achetez l'indice, réduisez les frais, soyez patient.
Les erreurs classiques qui coûtent le plus cher
Quelques comportements que j'observe régulièrement et qui détruisent de la valeur.
Attendre le bon moment pour investir est probablement l'erreur la plus répandue. Une étude de Charles Schwab (2021) compare cinq stratégies sur 20 ans : investissement immédiat, investissement mensuel régulier, attente du point bas, investissement en fin d'année, et conservation en cash. L'investisseur qui attend le point bas parfait finit troisième, derrière l'investisseur immédiat et l'investisseur régulier. Le market timing systématique ne fonctionne pas.
Se concentrer sur des actions suisses uniquement, par familiarité, est une autre erreur courante. Nestlé, Novartis et Roche représentent plus de 50% du SMI. C'est un risque de concentration sectoriel et géographique important pour un patrimoine qui devrait être global.
Ignorer les coûts totaux est sous-estimé. Un fonds actif à 1,5% de frais annuels contre un ETF à 0,20% : la différence de 1,3% par an semble faible. Sur CHF 100'000 et 30 ans, elle représente environ CHF 150'000 de capital en moins. Les frais ne se voient pas, mais ils s'accumulent.
Enfin, ne pas déclarer correctement ses investissements dans la déclaration fiscale suisse expose à des rappels d'impôt, notamment sur l'impôt sur la fortune et les revenus de dividendes. La valeur de vos titres cotés au 31 décembre est taxable comme fortune. Ce n'est pas optionnel.
Passer à l'action : votre prochaine étape
Ce guide couvre les fondamentaux. L'étape suivante est de les appliquer à votre situation précise, avec votre bilan patrimonial, votre structure fiscale cantonale et vos contraintes personnelles.
Si vous souhaitez structurer votre premier investissement financier avec une approche quantitative rigoureuse, adaptée à votre profil et à la fiscalité suisse, je propose des consultations individuelles pour accompagner exactement ce type de démarche. Que vous partiez de CHF 10'000 ou de CHF 500'000, la méthode doit être proportionnée à vos objectifs réels. Contactez-moi via quantalytics.ch pour un premier échange.
Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée ni une incitation à acheter ou vendre des instruments financiers. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. Consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d'investissement. John Bergerat Quantalytics n'est pas un établissement financier au sens de la FINMA.
Points clés
- •60% des ménages suisses gardent toute leur épargne en compte bancaire, perdant face à l'inflation.
- •Constituez 3 à 6 mois de dépenses (CHF 13'500 à 27'000) avant tout placement financier.
- •Le 3a offre une déduction fiscale immédiate de 20 à 30% selon le canton.
- •85% des fonds actifs sous-performent leur indice sur 15 ans selon les données SPIVA 2023.
- •CHF 500 par mois investis 25 ans à 6% produisent environ CHF 347'000 contre CHF 160'000 en épargne.
Questions fréquentes
Quel montant minimum faut-il pour commencer à investir en Suisse ?
Techniquement, vous pouvez commencer avec CHF 100 via des ETF sur Swissquote ou IBKR. En pratique, un montant de CHF 5'000 à CHF 10'000 permet de couvrir les frais de transaction sans qu'ils ne mangent votre rendement. L'essentiel est d'avoir d'abord constitué votre épargne de précaution.
Les gains en bourse sont-ils imposés en Suisse pour un particulier ?
Non. En Suisse, les gains en capital réalisés par des particuliers sont exonérés d'impôt, à condition de ne pas être qualifié de commerçant professionnel de titres par l'administration fiscale. Les dividendes et intérêts, en revanche, sont imposables comme revenus.
ETF ou fonds actif : quelle différence concrète pour un débutant ?
Un ETF réplique passivement un indice avec des frais annuels de 0,10% à 0,30%. Un fonds actif tente de battre l'indice avec des frais de 1% à 2%. Selon les données SPIVA 2023, 86% des fonds actifs européens sous-performent leur indice sur 15 ans. Pour un débutant, le choix est clair.
Faut-il investir via le pilier 3a avant un compte de courtage classique ?
Oui, dans la quasi-totalité des cas. La déduction fiscale du 3a représente un rendement immédiat de 20% à 30% selon votre tranche d'imposition. Maximisez d'abord votre 3a (CHF 7'056 en 2024 pour les salariés), puis investissez le surplus via un compte de courtage.