La bourse suisse expliquée : SMI, SPI et comment y investir
24 mars 2026 · John BERGERAT
Faut-il investir sur la bourse suisse ou se contenter d'un ETF monde ? C'est une question que me posent régulièrement des investisseurs suisses, souvent surpris de constater que leur portefeuille ignore presque entièrement le marché domestique. La réponse n'est pas évidente : le SMI affiche une concentration sectorielle extrême, mais offre une exposition à des entreprises de classe mondiale libellées en francs suisses. Avant de décider, encore faut-il comprendre comment fonctionne la bourse suisse, quels indices existent et ce qu'il en coûte réellement d'y investir.
SIX Swiss Exchange : l'infrastructure du marché
La SIX Swiss Exchange est la principale bourse de Zurich, fondée en 1995 par la fusion de trois bourses régionales (Zurich, Bâle, Genève). Elle fait partie du groupe SIX, détenu en commun par les grandes banques suisses et quelques acteurs internationaux. Les séances de cotation s'ouvrent à 9h00 et se ferment à 17h30 (heure de Zurich), du lundi au vendredi, hors jours fériés.
Avec une capitalisation boursière totale d'environ 1'800 milliards CHF fin 2023, la SIX se classe parmi les dix plus grandes bourses mondiales. C'est disproportionné pour un pays de 8,7 millions d'habitants, et c'est précisément ce qui rend le marché suisse intéressant : les sociétés cotées sont en grande majorité des multinationales dont les revenus proviennent pour l'essentiel de l'étranger.
Les frais de stamp duty (droit de timbre) s'élèvent à 0,15% sur les transactions en actions suisses pour les résidents suisses, et 0,30% pour les titres étrangers. C'est un coût souvent ignoré mais qui s'accumule sur des portefeuilles actifs. Ajoutez à cela les frais de courtage : Swissquote facture typiquement entre CHF 9 et CHF 90 selon le montant de l'ordre, là où des brokers en ligne européens descendent sous CHF 5. Ce différentiel compte sur la durée.
SMI, SPI, SLI : trois indices, trois logiques
On confond souvent ces trois indices. Ils mesurent des réalités différentes et les distinctions ont des conséquences pratiques pour un investisseur.
Le SMI (Swiss Market Index) regroupe les 20 plus grandes capitalisations du marché, pondérées par flottant. Trois valeurs dominent de manière écrasante : Nestlé, Roche et Novartis représentaient ensemble environ 45 à 50% de l'indice en 2023 selon les sources SIX. C'est un problème de concentration que tout investisseur doit avoir en tête. Si ces trois géants traversent une mauvaise passe simultanément, l'indice souffre, quelle que soit la performance des 17 autres composantes.
Le SPI (Swiss Performance Index) est l'indice large de la bourse suisse. Il couvre l'ensemble des actions suisses cotées (environ 200 valeurs), dividendes réinvestis. C'est un indice de performance totale, ce qui le rend plus pertinent pour mesurer le rendement réel d'un portefeuille indiciel. Sur longue période, la différence entre un SMI (price return) et un SPI (total return) peut atteindre 1,5 à 2 points de pourcentage annuels, uniquement grâce aux dividendes.
Le SLI (Swiss Leader Index) corrige le défaut de concentration du SMI : il plafonne chaque composante à 9% du poids total et élargi l'univers à 30 valeurs. Pour un investisseur qui cherche une exposition diversifiée au marché suisse sans la domination des trois poids lourds, le SLI est souvent un meilleur point de départ que le SMI.
Voici un aperçu comparatif des trois indices :
Pour un mandat indiciel, j'utilise systématiquement le SPI comme référence et non le SMI. Le SMI est médiatique, mais il est un mauvais baromètre du marché suisse dans son ensemble.
Performance historique et l'effet franc suisse
Le SMI a délivré une performance annualisée d'environ 6 à 7% en CHF sur les 20 dernières années, dividendes inclus. C'est inférieur au S&P 500 sur la même période (autour de 10% en USD), mais la comparaison est trompeuse pour un investisseur basé en Suisse.
Le franc suisse s'est apprécié de manière structurelle contre l'euro et le dollar. Un investisseur suisse exposé au S&P 500 sans couverture de change a subi des pertes de change significatives certaines années, notamment en 2015 après la suppression du cours plancher EUR/CHF par la BNS, et de nouveau en 2022. La force du CHF est un risque réel pour les portefeuilles non couverts.
Investir en actions suisses offre une exposition naturelle en CHF, sans coût de hedging. C'est un argument structurel souvent sous-estimé. Cela dit, il ne faut pas idéaliser : Nestlé a perdu environ 25% de sa valeur entre son sommet de 2021 et fin 2023, et Roche a subi une correction similaire. La bourse suisse n'est pas un refuge absolu.
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Échanger avec John BERGERATComment investir concrètement : ETF ou actions en direct ?
Deux approches s'offrent à vous. La première consiste à acheter des ETF sur le SMI ou le SPI, la seconde à constituer un portefeuille d'actions en direct.
Du côté des ETF, les produits les plus liquides sur la SIX sont l'iShares Core SPI ETF (ticker CHSPI, TER de 0,10%) et l'UBS ETF SMI (SMICHA, TER de 0,20%). Ces deux produits sont éligibles au compte-titres ordinaire et également proposés dans certains piliers 3a (Finpension offre une exposition aux actions suisses via des fonds indiciels). Le CHSPI est selon moi le meilleur point d'entrée pour un particulier qui souhaite une exposition large au marché suisse à moindre coût.
Pour les investisseurs qui souhaitent des actions en direct, les principales valeurs du SMI sont accessibles via Swissquote, ZKB ou tout broker agréé. Les cinq plus grandes positions du SMI par capitalisation fin 2023 étaient : Nestlé, Roche, Novartis, UBS et Zurich Insurance. Ces cinq valeurs seules représentent plus de 60% de l'indice, ce qui signifie qu'un portefeuille de cinq lignes vous donne une réplique approximative du SMI, mais sans aucune diversification sectorielle.
Une erreur classique que j'observe dans les portefeuilles de clients : surpondérer les actions suisses par biais domestique, souvent parce qu'elles sont familières et libellées en CHF. Un portefeuille constitué à 40-50% d'actions suisses alors que la Suisse représente moins de 3% de la capitalisation mondiale est une prise de risque idiosyncratique non rémunérée. Je recommande généralement une pondération entre 10 et 20% pour un investisseur suisse, ce qui reflète à la fois la familiarité fiscale et la protection contre le risque de change, sans excès de concentration.
Sur le plan fiscal, rappelons que les gains en capital sur actions sont exonérés pour les particuliers suisses (sous réserve de ne pas être qualifié de commerçant professionnel de titres par l'administration). En revanche, l'impôt anticipé de 35% s'applique sur les dividendes suisses, récupérable via la déclaration fiscale pour les résidents suisses. Ce n'est pas un impôt définitif, mais c'est une avance de trésorerie à gérer.
SMI vs DAX, CAC 40, S&P 500 : ce que les chiffres disent
La bourse suisse se distingue des grands indices européens et américains par sa composition sectorielle. Le SMI est dominé par la santé (Roche, Novartis, environ 35% de l'indice) et les biens de consommation défensifs (Nestlé). Le DAX est davantage exposé à l'industrie et à l'automobile. Le CAC 40 mêle luxe, énergie et banques. Le S&P 500 est dominé par la technologie.
Cette composition fait du SMI un indice défensif, peu cyclique. En période de récession ou de stress de marché, il tend à mieux résister. En phase d'expansion forte, notamment portée par la technologie comme en 2023, il sous-performe. Ce n'est ni un avantage ni un inconvénient absolu : c'est un profil de risque à intégrer consciemment dans l'allocation.
Une donnée concrète : en 2022, année de forte correction mondiale, le SMI a perdu environ 17% en CHF. Le S&P 500 a chuté d'environ 19% en USD, mais davantage pour un investisseur suisse non couvert en raison de l'appréciation du franc. Le MSCI World en CHF a perdu près de 13%. La diversification reste la seule protection réelle.
Si vous gérez un portefeuille en CHF et cherchez à construire une allocation internationale solide, la bourse suisse mérite une place raisonnée, pas une place centrale. Elle vous offre de la stabilité, une exposition aux grandes marques mondiales de la santé et de l'alimentaire, et un ancrage en franc suisse. C'est une allocation de fond de portefeuille, pas un moteur de croissance.
Vous souhaitez structurer une allocation actions qui intègre correctement la bourse suisse dans un portefeuille global ? En tant que consultant en finance quantitative, j'accompagne des investisseurs suisses dans la construction et l'analyse de portefeuilles mixtes, de l'ETF jusqu'aux mandats en actions directes. Contactez-moi via quantalytics.ch pour un premier échange.
Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée ni une incitation à acheter ou vendre des instruments financiers. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. Consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d'investissement. John Bergerat Quantalytics n'est pas un établissement financier au sens de la FINMA.
Points clés
- •Le SMI concentre 45-50% de son poids sur Nestlé, Roche et Novartis.
- •Le droit de timbre suisse est de 0,15% sur chaque transaction en actions suisses.
- •L'ETF CHSPI couvre ~200 valeurs suisses avec un TER de seulement 0,10%.
- •Les gains en capital sur actions sont exonérés d'impôt pour les particuliers suisses.
- •La SIX Swiss Exchange affiche une capitalisation d'environ 1'800 milliards CHF.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le SMI et le SPI ?
Le SMI regroupe les 20 plus grandes capitalisations suisses et ne tient pas compte des dividendes. Le SPI couvre environ 200 valeurs et intègre les dividendes réinvestis. Sur 10 ans, cet écart représente 1,5 à 2 points de performance annuelle.
Quel ETF choisir pour investir sur la bourse suisse ?
L'iShares Core SPI ETF (CHSPI) offre une exposition large au marché suisse avec un TER de 0,10%, le plus bas du segment. Pour une exposition au seul SMI, l'UBS ETF SMICHA (TER 0,20%) est liquide et bien établi.
Les dividendes d'actions suisses sont-ils imposés ?
Oui, l'impôt anticipé de 35% est prélevé à la source sur les dividendes suisses. Pour un résident suisse, il est récupérable intégralement via la déclaration fiscale annuelle. Ce n'est pas un coût définitif, mais une avance de trésorerie.
Quels sont les horaires de la bourse de Zurich ?
La SIX Swiss Exchange est ouverte du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h30, heure de Zurich. Elle suit le calendrier des jours fériés suisses et ferme également pour certains jours fériés européens.