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Guide complet des ETF : tout comprendre pour investir en 2025

22 mars 2026 · John BERGERAT

En 2024, les ETF cotés en bourse ont franchi le seuil des 13'000 milliards de dollars d'actifs sous gestion à l'échelle mondiale, selon les données de ETFGI. Ce chiffre n'est pas anodin : il reflète un transfert structurel de capitaux depuis les fonds actifs vers des véhicules indiciels moins coûteux, plus transparents, et fiscalement plus efficaces. Pour l'investisseur suisse, cette tendance ouvre des possibilités concrètes, mais elle exige aussi de savoir ce que l'on achète réellement. Un ETF n'est pas un produit homogène. Derrière ce sigle se cache une architecture financière dont les détails, souvent ignorés, peuvent faire une différence significative sur la performance nette à long terme.

Ce qu'est un ETF, et comment il fonctionne réellement

Un ETF (Exchange-Traded Fund) est un fonds de placement coté en bourse, qui réplique la performance d'un indice de référence. Vous achetez une part d'ETF comme vous achetez une action Nestlé sur le SIX Swiss Exchange : en temps réel, avec un prix qui fluctue tout au long de la séance.

Là s'arrête la simplicité apparente. Le mécanisme qui garantit que le prix de l'ETF reste proche de la valeur de ses actifs sous-jacents est plus sophistiqué. Il repose sur un processus dit de création/rachat en nature (creation/redemption in kind) impliquant des participants agréés (authorized participants), typiquement des banques d'investissement. Ces acteurs peuvent créer ou racheter des blocs de parts (appelés creation units) directement auprès de l'émetteur, en échangeant un panier de titres contre des parts d'ETF, et vice versa. Ce mécanisme maintient l'ETF en équilibre avec la valeur liquidative (NAV) de son portefeuille sous-jacent.

Pourquoi est-ce important pour vous ? Parce que ce système d'arbitrage permanent rend les écarts de prix (premium ou discount) généralement faibles sur les ETF très liquides. En revanche, sur des segments moins actifs (obligations high yield, marchés émergents de niche), ces écarts peuvent s'élargir, surtout en période de stress de marché. J'ai observé des spreads dépasser 1% sur certains ETF obligataires lors des turbulences de mars 2020, ce qui effaçait plusieurs mois de dividendes pour un investisseur qui achetait ou vendait au mauvais moment.

La réplication de l'indice peut se faire de deux façons principales. La réplication physique : l'ETF détient effectivement les titres composant l'indice (en totalité ou par échantillonnage). La réplication synthétique : l'ETF conclut un swap avec une contrepartie (banque) pour recevoir la performance de l'indice sans détenir les titres sous-jacents. La réplication synthétique est plus efficace sur certains indices difficiles d'accès, mais introduit un risque de contrepartie que la réplication physique évite en grande partie.

Les grandes familles d'ETF accessibles depuis la Suisse

Le marché suisse offre un accès direct à plusieurs milliers d'ETF, via le SIX Swiss Exchange ou les plateformes comme Swissquote et PostFinance. Voici les catégories qui méritent votre attention.

Actions : les ETF actions sur indices larges constituent le coeur de tout portefeuille indiciel. L'iShares Core MSCI World UCITS ETF (ISIN : IE00B4L5Y983) réplique quelque 1'400 grandes et moyennes capitalisations mondiales avec un TER de 0,20%. Le Vanguard FTSE All-World UCITS ETF (ISIN : IE00B3RBWM25) couvre environ 3'700 titres pour un TER de 0,22%. Pour l'exposition suisse spécifique, le UBS ETF (CH) SMI (ISIN : CH0017142719) réplique les 20 plus grandes capitalisations suisses avec un TER de 0,20%.

Obligations : les ETF obligataires permettent d'accéder à des marchés qui étaient autrefois réservés aux investisseurs institutionnels. L'iShares Core CHF Corp Bond ETF (ISIN : CH0102530786) offre une exposition aux obligations d'entreprises libellées en CHF, ce qui évite le risque de change pour un investisseur basé en Suisse. Attention toutefois : la sensibilité aux taux (duration) de ces produits peut surprendre les investisseurs habitués aux actions.

Matières premières : le ZKB Gold ETF (ISIN : CH0139101593), adossé à de l'or physique stocké en Suisse, est l'un des produits préférés des investisseurs suisses cherchant une exposition à l'or sans risque de contrepartie. Il est libellé en CHF et physiquement livrable.

ETF thématiques : robotique, énergie propre, cybersécurité. Ces produits concentrent les risques sur des secteurs étroits. Je les déconseille comme coeur de portefeuille. Ils conviennent à une allocation satellites, avec une pondération n'excédant pas 5 à 10% du total. Leur tracking error vis-à-vis d'un indice large est structurellement élevée, et leurs TER atteignent souvent 0,40 à 0,75%.

Pourquoi les ETF dominent les fonds actifs sur longue période

La réponse courte : les frais. Sur 20 ans, un fonds actif facturant 1,5% de frais annuels par rapport à un ETF à 0,20% représente un écart de performance composé de l'ordre de 28% sur le capital, toutes choses égales par ailleurs. Le SPIVA Scorecard de S&P Dow Jones Indices publie chaque année les données de comparaison entre fonds actifs et indices : sur 10 ans, environ 85 à 90% des fonds actifs en actions mondiales sous-performent leur indice de référence net de frais.

La diversification instantanée est le second avantage structurel. Un seul ETF MSCI World vous donne une exposition à Apple, Nestlé, ASML et Toyota simultanément, pour quelques centaines de francs. C'est une démocratisation réelle de l'accès aux marchés.

Du point de vue fiscal suisse, les ETF présentent des caractéristiques intéressantes. Les gains en capital restent non imposables pour les particuliers (sauf qualification de négociant professionnel par l'AFC). Les dividendes des ETF domiciliés en Irlande (structure UCITS) bénéficient généralement d'une retenue à la source réduite sur les dividendes américains (15% au lieu de 30%), ce qui améliore le rendement net. L'impôt anticipé suisse de 35% s'applique aux ETF domiciliés en Suisse sur leurs distributions, récupérable via la déclaration fiscale. C'est une raison pour laquelle les ETF domiciliés en Irlande sont souvent préférés par les investisseurs suisses sur les classes d'actifs mondiales.

La liquidité est réelle mais conditionnelle. Sur les grands indices (SMI, S&P 500, MSCI World), les spreads bid-ask sont inférieurs à 0,05%. Sur les segments étroits, soyez prudent.

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Les risques que les brochures ne mentionnent pas

La tracking error est le premier indicateur que j'examine systématiquement dans mes mandats de conseil. Elle mesure l'écart de performance entre l'ETF et son indice de référence. Un ETF peut avoir un TER bas mais une tracking error élevée, notamment si la gestion des dividendes, le prêt de titres ou les frais de transaction internes sont mal maîtrisés. Une tracking error annualisée supérieure à 0,30% sur un ETF d'actions mondiales est un signal d'alerte.

Le risque de contrepartie dans les ETF synthétiques est réel mais encadré. La réglementation UCITS limite l'exposition non collatéralisée à une contrepartie à 10% des actifs. En pratique, la plupart des émetteurs surdimensionnent le collatéral. Mais la nature du collatéral compte : un collatéral composé d'obligations souveraines AAA n'équivaut pas à un collatéral composé d'actions émergentes en cas de crise.

Le risque de concentration sectorielle est souvent sous-estimé sur les ETF supposément «diversifiés». Le MSCI World alloue aujourd'hui environ 70% à l'Amérique du Nord, et les 10 premières positions (toutes américaines, majoritairement technologiques) représentent près de 25% de l'indice. Ce n'est pas une erreur : c'est la construction par capitalisation boursière. Mais sachez ce que vous achetez.

Enfin, le risque de liquidité à la vente en période de crise est souvent négligé. Si vous détenez un ETF obligataire high yield ou un ETF sur marché émergent, et que les marchés se ferment partiellement sur les sous-jacents, le mécanisme de création/rachat peut se gripper. L'ETF peut alors coter à un discount significatif par rapport à sa NAV théorique. C'est une situation inconfortable si vous êtes forcé de vendre.

Les cinq critères pour sélectionner un ETF sérieusement

Voici la grille que j'applique systématiquement, dans l'ordre d'importance.

  • TER (Total Expense Ratio) : c'est le point de départ, pas le seul critère. Comparez les TER à périmètre comparable. Pour un ETF MSCI World, un TER supérieur à 0,25% n'est plus justifié en 2025.
  • Tracking difference (pas tracking error) : la tracking difference mesure l'écart de performance réel sur 12 mois entre l'ETF et son indice. Certains ETF affichent une tracking difference négative, ce qui signifie qu'ils surperforment légèrement leur indice, grâce aux revenus du prêt de titres. Le site trackingdifferences.com est une référence utile pour cette analyse.
  • Taille des actifs sous gestion (AuM) : un ETF avec moins de 100 millions de CHF/EUR d'AuM présente un risque de fermeture plus élevé. Je fixe personnellement un seuil de 300 millions pour les positions de coeur de portefeuille.
  • Domiciliation et structure juridique : pour les investisseurs suisses, les ETF UCITS domiciliés en Irlande offrent généralement la meilleure efficience fiscale sur les dividendes d'actions américaines. Les ETF domiciliés en Suisse (UBS, ZKB) ont leurs avantages sur certaines classes d'actifs locales.
  • Méthode de réplication et politique de distribution : physique vs synthétique, capitalisant (accumulation) vs distribuant. Pour un investisseur suisse soumis à l'impôt sur la fortune, un ETF capitalisant peut être légèrement avantageux, car il n'y a pas de distribution à réinvestir et les revenus imputés sont traités différemment selon le véhicule.
  • Si vous débutez, trois ETF suffisent à construire un portefeuille mondial diversifié : un ETF monde développé, un ETF marchés émergents, et un ETF obligataire en CHF. Le reste est optionnel.

    Vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet ? En tant que consultant en finance quantitative basé à Genève, j'accompagne des investisseurs privés et des gérants indépendants dans la construction et l'analyse de portefeuilles ETF, en tenant compte des spécificités fiscales et réglementaires suisses. Contactez-moi via quantalytics.ch pour un premier échange.

    Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée ni une incitation à acheter ou vendre des instruments financiers. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. Consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d'investissement. John Bergerat Quantalytics n'est pas un établissement financier au sens de la FINMA.

    Points clés

    • Les ETF UCITS domiciliés en Irlande réduisent la retenue US à 15% au lieu de 30%.
    • 85 à 90% des fonds actifs sous-performent leur indice sur 10 ans, net de frais.
    • Un TER de 1,5% vs 0,20% représente environ 28% d'écart de capital sur 20 ans.
    • Évitez les ETF avec moins de 300 millions CHF d'actifs pour les positions coeur.
    • Le stamp duty suisse coûte 0,15% par transaction sur les ETF étrangers.

    Questions fréquentes

    Quelle différence entre un ETF et un fonds indiciel classique ?

    Un ETF se négocie en temps réel sur une bourse comme une action, avec un prix variable tout au long de la journée. Un fonds indiciel classique se souscrit et se rachète une fois par jour à la valeur liquidative. Pour la plupart des investisseurs à long terme, la différence pratique est minime, mais les ETF offrent plus de flexibilité et des frais souvent légèrement inférieurs.

    Le stamp duty suisse s'applique-t-il à l'achat d'ETF ?

    Oui. Le droit de timbre suisse (stamp duty) de 0,075% s'applique sur les ETF domiciliés en Suisse, et de 0,15% sur les ETF domiciliés à l'étranger, à chaque transaction d'achat et de vente. C'est un coût à intégrer dans le calcul de rentabilité, surtout pour des stratégies à rotation fréquente.

    Peut-on investir en ETF dans un pilier 3a ?

    Oui. Des prestataires comme VIAC, Finpension et frankly proposent des plans 3a investis principalement en ETF à faibles frais. Les TER moyens de leurs portefeuilles se situent entre 0,15% et 0,25%, contre 0,80 à 1,20% pour les fonds traditionnels proposés par les banques dans ce même cadre. C'est l'une des améliorations les plus concrètes accessibles à un épargnant suisse.

    Comment éviter la double imposition sur les dividendes d'un ETF américain ?

    En choisissant un ETF UCITS domicilié en Irlande qui réplique des indices américains. La convention fiscale entre l'Irlande et les États-Unis réduit la retenue à la source de 30% à 15% sur les dividendes. Pour un portefeuille exposé aux actions US, cet avantage représente typiquement 0,10 à 0,20% de rendement annuel supplémentaire net.

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