S&P 500 ETF : pourquoi et comment y investir depuis la Suisse
31 mars 2026 · John BERGERAT
En tant que consultant en finance quantitative, je constate que la même erreur revient chez une majorité de mes clients suisses : ils surpondèrent massivement le marché domestique, avec parfois 60 à 70% de leur portefeuille actions exposé au SMI ou à des titres helvétiques. C'est compréhensible psychologiquement, mais c'est une erreur de construction de portefeuille. Le S&P 500 ETF représente l'accès le plus direct et le moins cher à 500 des entreprises les plus profitables du monde, avec un rendement annualisé d'environ 10,5% sur les 30 dernières années en USD. Depuis la Suisse, les questions ne manquent pas : quel ETF choisir, comment traiter la fiscalité américaine, et que faire du risque de change CHF/USD ? Cet article vous donne des réponses précises.
Ce que les chiffres disent vraiment sur la performance du S&P 500
Le S&P 500 a affiché un rendement total annualisé de 10,5% en USD entre 1993 et 2023, dividendes réinvestis (source : S&P Global). Sur la même période, le SMI n'a produit qu'environ 7,8% annualisé en CHF. L'écart paraît modeste en pourcentage, mais sur 30 ans et une mise initiale de CHF 100'000, il représente une différence de patrimoine final de plus de CHF 600'000.
Ce chiffre mérite toutefois d'être tempéré par deux réalités que les vendeurs d'ETF s'abstiennent généralement de mentionner.
Première réalité : la concentration sectorielle a atteint des niveaux historiques. Fin 2024, les dix premières valeurs du S&P 500 (Apple, Microsoft, Nvidia, Amazon, Alphabet, Meta, Berkshire, Eli Lilly, Broadcom, Tesla) représentaient environ 36% de l'indice. En 2000, ce chiffre était inférieur à 25%. Vous achetez un « indice des 500 entreprises » qui se comporte de plus en plus comme un portefeuille concentré sur la tech américaine.
Deuxième réalité : les décennies perdues existent. Entre janvier 2000 et janvier 2013, le S&P 500 a affiché un rendement total cumulé proche de zéro en USD. Treize ans. Un investisseur qui avait besoin de liquidités en 2012 n'a pas vu les fameux 10,5% annualisés. L'horizon temporel n'est pas un détail de communication, c'est la condition nécessaire pour que les statistiques de long terme s'appliquent à votre situation.
Cela dit, sur des horizons de 15 ans ou plus, aucune classe d'actifs liquide et accessible au grand public n'a fait mieux de manière aussi consistante. Je ne remets pas en cause l'intérêt du S&P 500 dans un portefeuille diversifié. Je remets en cause l'idée qu'il suffit d'acheter et d'oublier sans comprendre ce que l'on détient.
Le choix du bon ETF : une question fiscale avant tout
C'est ici que la majorité des investisseurs suisses laissent de l'argent sur la table. Le marché propose deux grandes familles d'ETF répliquant le S&P 500, et leur traitement fiscal diffère radicalement.
ETF domiciliés aux États-Unis (VOO, SPY)
Le Vanguard S&P 500 ETF (VOO, ISIN : US9229083632) et le SPDR S&P 500 ETF Trust (SPY, ISIN : US78462F1030) sont les plus grands ETF du monde en termes d'actifs sous gestion, avec respectivement environ USD 500 milliards et USD 550 milliards. Leurs frais sont très bas : 0,03% pour VOO, 0,0945% pour SPY.
Mais pour un résident suisse, investir dans VOO ou SPY est une erreur fiscale. La convention de double imposition Suisse-États-Unis prévoit une retenue à la source américaine de 30% sur les dividendes pour les investisseurs non qualifiés. La récupération partielle est théoriquement possible via l'imprimé DA-1 de l'administration fiscale suisse, mais le remboursement est plafonné à 15% et le processus est administrativement complexe. Vous perdez donc définitivement 15% de vos dividendes.
ETF domiciliés en Irlande (CSPX, VUAA)
L'iShares Core S&P 500 UCITS ETF (CSPX, ISIN : IE00B5BMR087) et le Vanguard S&P 500 UCITS ETF Accumulating (VUAA, ISIN : IE00BFMXXD54) sont domiciliés en Irlande. Grâce au traité fiscal irlando-américain, la retenue à la source sur les dividendes américains est réduite à 15% au niveau du fonds. Côté suisse, les distributions éventuelles sont ensuite soumises à l'impôt anticipé de 35%, récupérable intégralement via votre déclaration fiscale si vous êtes résident suisse.
Ces ETF sont également négociables sur le SIX Swiss Exchange, ce qui vous évite le stamp duty majoré (0,15% pour titres suisses, 0,075% pour étrangers cotés sur SIX) et simplifie la déclaration fiscale.
Les deux versions accumulating (VUAA, CSPX) sont préférables pour un investisseur en phase de capitalisation : pas de dividende distribué, donc pas d'impôt anticipé à gérer chaque année, et une imposition uniquement au titre de l'impôt sur la fortune sur la valeur du portefeuille. Les gains en capital restent non imposables pour les particuliers suisses qui n'exercent pas d'activité de négoce professionnel.
Le risque CHF/USD : réel, mais souvent mal interprété
Entre janvier 2002 et janvier 2025, le CHF s'est apprécié d'environ 40% face au USD. Un investisseur suisse qui aurait acheté du S&P 500 en USD et converti son rendement en CHF aurait donc subi une érosion significative de sa performance exprimée dans sa monnaie fonctionnelle.
Faut-il pour autant couvrir le risque de change ? Ma position est non, et voici pourquoi.
Premièrement, la couverture de change a un coût. Sur le différentiel de taux d'intérêt CHF/USD de ces dernières années, ce coût a oscillé entre 1% et 2,5% annuellement. Sur un horizon long, c'est un frein de performance significatif qui annule une partie de l'avantage des ETF à faibles frais.
Deuxièmement, les entreprises du S&P 500 génèrent une part substantielle de leurs revenus hors des États-Unis. Apple réalise plus de 40% de son chiffre d'affaires en dehors des Amériques. Une dépréciation du USD impacte aussi les résultats des entreprises elles-mêmes, créant une forme de couverture naturelle partielle.
Troisièmement, sur des horizons de 15 ans ou plus, la corrélation entre la performance du S&P 500 et les mouvements CHF/USD tend à s'atténuer. Ce qui importe, c'est l'allocation stratégique, pas la volatilité de change à court terme.
Ma recommandation pratique : si votre horizon est inférieur à 7 ans ou si vous avez besoin d'une prévisibilité en CHF (par exemple pour financer un projet immobilier), limitez votre exposition non couverte au S&P 500. Pour du capital à long terme, acceptez le risque de change et concentrez vos efforts sur la réduction des coûts et la fiscalité.
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Échanger avec John BERGERATS&P 500 contre SMI : la comparaison que peu font correctement
Le SMI est un indice de 20 valeurs. Nestle, Novartis et Roche représentaient encore récemment plus de 50% de sa capitalisation totale. Vous n'investissez pas dans « l'économie suisse » en achetant un ETF SMI, vous achetez massivement trois entreprises de santé et d'alimentation.
Le S&P 500 offre une diversification sectorielle que le SMI ne peut pas égaler. Technologie, santé, finance, consommation, énergie, industrie : chaque secteur est représenté de manière significative.
Par contre, le SMI présente des caractéristiques intéressantes : une volatilité historiquement plus faible (environ 14% annualisé contre 16% pour le S&P 500), une exposition naturelle au CHF, et des dividendes plus stables. Pour un investisseur proche de la retraite ou cherchant à réduire la volatilité globale de son portefeuille, une allocation au SMI via un ETF comme le iShares SMI UCITS ETF (CSSMI, ISIN : IE00B53L4350) conserve toute sa pertinence.
Une allocation raisonnable pour un investisseur suisse en phase de capitalisation avec un horizon de 15 ans ou plus : 60 à 70% S&P 500 (via VUAA ou CSPX), 15 à 20% marchés développés hors US (Europe, Japon), et 10 à 15% SMI pour l'ancrage domestique. Pas de règle universelle, mais évitez les deux extrêmes : un portefeuille 100% SMI est trop concentré, un portefeuille 100% S&P 500 oublie que vous vivez, dépensez et payez vos impôts en CHF.
Recommandations concrètes pour un investisseur suisse
Voici ce que je conseille dans la grande majorité des situations que je rencontre en consultation.
Choisissez VUAA ou CSPX, jamais VOO ou SPY depuis la Suisse.
Les deux sont quasi-équivalents. CSPX est légèrement plus ancien (2010) et dispose d'une liquidité plus élevée. VUAA suit exactement la même méthode de réplication physique.
Pour l'exécution, utilisez un courtier avec accès au SIX Swiss Exchange. Swissquote est l'option la plus répandue chez mes clients suisses ; ZKB propose également des conditions compétitives pour des montants plus importants. Vérifiez toujours les frais de garde annuels, qui peuvent effacer l'avantage des ETF à faibles frais si votre portefeuille est modeste.
Pour votre pilier 3a, des plateformes comme Viac et Finpension proposent des portefeuilles investis à 97 ou 99% en actions mondiales, avec une exposition S&P 500 significative, dans un cadre déductible fiscalement. La déduction maximale pour 2025 est de CHF 7'258 pour les salariés. C'est l'un des rares avantages fiscaux réels disponibles en Suisse pour les investisseurs individuels, et je suis toujours surpris de voir combien de personnes ne maximisent pas ce plafond chaque année.
Dernière remarque sur les montants : pour des versements inférieurs à CHF 5'000 par transaction, le coût de courtage peut représenter un frein. Dans ce cas, des plans d'épargne automatisés (disponibles chez certaines plateformes) permettent de réduire ce frottement.
Si vous souhaitez aller plus loin dans la structuration de votre exposition au S&P 500, que ce soit en intégrant des considérations fiscales spécifiques à votre situation, en optimisant l'allocation entre votre portefeuille libre et votre prévoyance, ou en évaluant l'opportunité d'une couverture de change, je travaille avec des investisseurs suisses sur ces questions dans le cadre de mes mandats de conseil chez Quantalytics. Contactez-moi pour un premier échange.
Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée ni une incitation à acheter ou vendre des instruments financiers. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte du capital investi. Consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d'investissement. John Bergerat Quantalytics n'est pas un établissement financier au sens de la FINMA.
Points clés
- •Le S&P 500 a rendu ~10,5% annualisé en USD sur 30 ans, dividendes inclus.
- •VUAA et CSPX (Irlande) réduisent la retenue US de 30% à 15% vs VOO ou SPY.
- •Les 10 premières valeurs du S&P 500 représentent 36% de l'indice fin 2024.
- •La déduction pilier 3a 2025 est de CHF 7'258 : un avantage fiscal à maximiser.
- •La couverture de change coûte 1 à 2,5% par an : évitez-la sur horizon long.
Questions fréquentes
Peut-on acheter VOO ou SPY depuis la Suisse ?
Techniquement oui, mais c'est fiscalement sous-optimal : la retenue à la source américaine sur les dividendes atteint 30%, dont seulement 15% est récupérable via l'imprimé DA-1. Préférez CSPX ou VUAA, domiciliés en Irlande, qui bénéficient d'un taux réduit à 15% grâce au traité fiscal irlando-américain.
Faut-il déclarer un ETF S&P 500 dans sa déclaration fiscale suisse ?
Oui. La valeur de l'ETF au 31 décembre est soumise à l'impôt sur la fortune. Les dividendes distribués sont soumis à l'impôt anticipé de 35%, récupérable intégralement pour les résidents suisses. Les versions accumulantes (VUAA, CSPX) simplifient la gestion en évitant les distributions annuelles.
Quelle est la différence entre CSPX et VUAA ?
Les deux répliquent le S&P 500 physiquement avec des frais identiques de 0,07% et sont domiciliés en Irlande. CSPX (iShares) est plus ancien et légèrement plus liquide ; VUAA (Vanguard) est plus récent mais structurellement équivalent. Le choix entre les deux est secondaire.
Le risque de change CHF/USD justifie-t-il de ne pas investir dans le S&P 500 ?
Non, sauf si votre horizon est inférieur à 7 ans. Sur 30 ans, le S&P 500 a largement surperformé le SMI même en tenant compte de l'appréciation du CHF. La couverture de change coûte entre 1% et 2,5% par an, ce qui pèse lourdement sur la performance à long terme.