BlackRock Bitcoin ETF : IBIT expliqué pour l'investisseur suisse
Publié le par John Bergerat
ETF

L'iShares Bitcoin Trust (IBIT), le Bitcoin ETF de BlackRock, est le plus grand véhicule bitcoin coté au monde : 47,0 milliards de dollars d'encours au 14 août 2026, après une collecte record de 37,2 milliards sur la seule année 2024. Pour un investisseur suisse, trois questions comptent : ce que ce fonds détient réellement, la façon d'y accéder depuis un compte suisse, et ce que l'alternative cotée à SIX change en frais et en fiscalité. Le tout pour un actif qui a perdu 45,6 % sur l'année close au 30 juin 2026, et entre 78 % et 94 % lors de ses quatre grands marchés baissiers. Cet article décrit le mécanisme, les chiffres vérifiés et le cadre fiscal suisse. Il ne recommande ni d'acheter ni de vendre.
Une part d'IBIT est une fraction de bitcoin conservée chez Coinbase Custody
IBIT est un ETF bitcoin dit « au comptant » (spot). Le fonds détient des bitcoins réels, conservés en dépôt par Coinbase Custody Trust Company, son dépositaire principal. Chaque part représente une fraction de ce stock. Il n'y a ni contrats à terme, ni réplication synthétique, ni contrepartie de swap.
Cette structure a une conséquence mécanique : les frais de 0,25 % par an sont prélevés en bitcoin. La quantité de bitcoin par part diminue donc très lentement, jour après jour, exactement comme un ETF or physique voit son droit à l'or fondre au rythme de ses frais. Le fonds ne distribue rien : pas de dividende, pas de coupon, aucun flux de trésorerie. Sa performance est celle du bitcoin, moins les frais.
La différence avec les produits antérieurs est réelle. Les ETF bitcoin à terme, lancés dès 2021 aux États-Unis, détiennent des contrats à terme qu'ils doivent renouveler chaque mois, avec un coût de roulement qui érode la performance. Un ETF au comptant supprime ce coût.
Une précision juridique, indiquée par iShares sur la fiche du produit : IBIT n'est pas une société d'investissement enregistrée sous l'Investment Company Act de 1940. C'est un trust coté, pas un fonds au sens de la loi américaine sur les fonds. La protection réglementaire diffère donc de celle d'un ETF actions classique. Les ETP européens cotés à SIX reposent sur une troisième structure encore différente, décrite plus bas : un titre de créance adossé à du bitcoin.
37,2 milliards de dollars collectés en 2024, la meilleure première année d'un ETF
La SEC a approuvé les ETF bitcoin au comptant le 10 janvier 2024. IBIT s'est négocié dès le lendemain sur le Nasdaq. Sa première année reste sans équivalent dans l'histoire des ETF : 37,2 milliards de dollars de flux nets entrants en 2024, selon les données quotidiennes de Farside Investors. La collecte fut très inégale : 13,9 milliards au premier trimestre, 3,8 aux deuxième et troisième, puis 15,7 au quatrième, dans le sillage de l'élection américaine.
La suite est moins linéaire. En 2025, IBIT a encore collecté 24,8 milliards nets. Depuis janvier 2026, le flux s'est inversé : environ 1,0 milliard de sorties nettes au 14 août 2026. L'encours est retombé à 47,0 milliards de dollars à cette date, valorisation en baisse comprise.
| Donnée | Valeur | Source et date |
|---|---|---|
| Premier jour de cotation | 11 janvier 2024, Nasdaq | SEC, iShares |
| Frais annuels | 0,25 % | Prospectus iShares |
| Collecte nette 2024 | +37,2 Mrd $ | Farside Investors |
| Collecte nette 2025 | +24,8 Mrd $ | Farside Investors |
| Flux nets 2026, ensemble des ETF bitcoin US | -4,5 Mrd $ environ au 14.08.2026 | Farside Investors |
| Encours | 47,0 Mrd $ au 14.08.2026 | iShares |
| Performance sur 1 an | -45,6 % au 30.06.2026 | iShares |
| Depuis le lancement | +12,2 % annualisé au 30.06.2026 | iShares |
Ces deux dernières lignes résument l'actif : un rendement annualisé positif depuis janvier 2024 malgré une perte de 45,6 % sur les douze derniers mois de la période. L'ordre de grandeur des variations dépasse tout ce qu'un portefeuille actions connaît. Avant même de choisir un produit, la question est celle de la taille de la ligne : le Calculateur de taille de position montre ce qu'un actif capable de perdre 80 % impose comme plafond d'allocation pour une perte maximale donnée.
L'accès depuis la Suisse dépend du courtier, le timbre fédéral est de 0,15 %
IBIT est un fonds américain, coté uniquement aux États-Unis. La Suisse ne connaît pas le blocage qui frappe les particuliers de l'Union européenne, où le règlement PRIIPs interdit de fait l'achat de fonds américains sans document d'information clé. Il n'existe pas d'interdiction suisse équivalente.
En pratique, l'accès dépend du courtier. Certains établissements actifs en Suisse ouvrent l'accès aux ETF américains à leur clientèle privée, d'autres le réservent aux clients professionnels au sens de la LSFin, d'autres encore le ferment par politique interne. La vérification utile se fait avant l'ouverture du compte, pas après. Le sujet rejoint celui des frais de transaction et de change, détaillés dans le coût réel d'un courtier suisse.
Deux particularités fiscales simplifient le cas IBIT par rapport à un ETF S&P 500 acheté depuis la Suisse :
Reste le droit de timbre fédéral, dû sur chaque transaction passée par un courtier suisse : 0,15 % pour un titre d'émetteur étranger comme IBIT, à l'achat et à la vente. C'est l'émetteur qui compte, pas la place de cotation. S'y ajoute le change : IBIT se traite en dollars, un compte en francs paie la conversion à chaque passage.

À SIX, près de 200 ETP crypto cotés et des frais de 0,15 % à 1,49 %
Pour qui veut rester sur la bourse suisse, l'alternative existe depuis 2019. Au 14 août 2025, SIX comptait 20 émetteurs de produits crypto et 194 ETP (décompte SIX à la cotation d'IB1T, août 2025) cotés, selon le communiqué de SIX Swiss Exchange publié à l'occasion de l'arrivée d'iShares comme émetteur.
Un ETP n'est pas un fonds au sens de la loi suisse sur les placements collectifs. C'est un titre de créance adossé à l'actif : l'émetteur doit au porteur la valeur du bitcoin sous-jacent, et ce bitcoin est déposé en garantie, en conservation hors ligne. Les mécanismes de sûreté en cas d'insolvabilité de l'émetteur sont décrits dans chaque prospectus. L'exposition économique est la même que celle d'un ETF au comptant, l'habillage juridique diffère.
Trois produits illustrent l'éventail des frais :
| Produit | Structure | Frais annuels | Encours, daté | Timbre via courtier suisse |
|---|---|---|---|---|
| IBIT (BlackRock) | ETF américain, Nasdaq | 0,25 % | 47,0 Mrd $ au 14.08.2026 | 0,15 % |
| IB1T (iShares, BlackRock) | ETP coté à SIX | 0,15 % jusqu'au 31.12.2026, puis 0,25 % | 929 M€ en août 2026 | 0,075 % |
| ABTC (21Shares) | ETP coté à SIX | 1,49 % | 449 M€ en août 2026 | 0,075 % |
L'iShares Bitcoin ETP (IB1T) a été lancé le 18 mars 2025 sur les bourses européennes, puis coté à SIX le 14 août 2025, négocié en francs suisses. Son bitcoin est conservé par Coinbase Custody International. Une partie des frais est temporairement abandonnée : 0,15 % par an jusqu'au 31 décembre 2026, 0,25 % ensuite. Le 21Shares Bitcoin ETP (ABTC), lancé le 26 février 2019, fut l'un des premiers ETP bitcoin adossés physiquement au monde ; ses frais de 1,49 % datent de cette époque sans concurrence. 21Shares propose depuis une version à frais réduits, le Bitcoin Core ETP (CBTC), à 0,10 % (justETF, août 2026). La compression des frais est le fait marquant : dix fois moins cher en six ans.
Quatre marchés baissiers : des pertes de 78 % à 94 % du sommet au creux
Le bitcoin est un actif à volatilité extrême, et son historique le chiffre précisément. Quatre fois depuis 2011, son cours a perdu plus des trois quarts de sa valeur.
| Épisode | Sommet | Creux | Baisse |
|---|---|---|---|
| 2011 | 32 $ (juin 2011) | 2 $ (novembre 2011) | -94 % |
| 2013-2015 | 1 163 $ (novembre 2013) | 152 $ (janvier 2015) | -87 % |
| 2017-2018 | env. 19 700 $ (décembre 2017) | 3 128 $ (décembre 2018) | -84 % |
| 2021-2022 | 69 000 $ (novembre 2021) | 15 460 $ (novembre 2022) | -78 % |
| 2025-2026, en cours | 126 198 $ (6 octobre 2025) | 62 841 $ au 14.08.2026 | -50 % |
Les creux de 2018 et 2022 sont documentés par NYDIG (Research Weekly), le sommet d'octobre 2025 et le cours de référence d'août 2026 par les données publiques et par iShares (indice CME CF Bitcoin Reference Rate). Le cinquième épisode n'est pas clos : au 14 août 2026, le bitcoin cotait environ moitié moins qu'à son sommet d'octobre 2025.
La volatilité courante confirme l'ordre de grandeur. Fidelity Digital Assets calculait en mai 2024 une volatilité réalisée du bitcoin de trois à quatre fois celle des grands indices actions sur dix ans (2014-2024), avec une volatilité 90 jours moyenne de 46 % annualisés sur 2020-2024. Un indice actions développées évolue plutôt entre 10 % et 20 %.
Un point doit être clair : un ETF ne réduit rien de tout cela. IBIT répercute intégralement la baisse du sous-jacent, ses -45,6 % sur l'année close au 30 juin 2026 le montrent. L'ETF change la garde et l'accès, pas le risque. C'est la taille de la position, calibrée sur une baisse type de -80 %, qui borne la perte au niveau du portefeuille.
Dimensionné comme l'or, avec seize ans d'historique contre cinquante-cinq
La comparaison honnête n'est pas avec les actions, qui produisent des bénéfices, mais avec l'or : un actif sans flux de trésorerie, détenu comme réserve de valeur potentielle. La différence tient à la profondeur des données. L'or dispose de 55 ans d'historique de prix libres depuis 1971, avec des cycles complets documentés, analysés dans notre article sur les ETF or. Le bitcoin dispose d'environ 15 ans de prix de marché, dont une décennie seulement avec une liquidité institutionnelle.
Quinze ans, c'est trop court pour établir des propriétés stables. La corrélation du bitcoin avec les actions a changé de signe plusieurs fois depuis 2017. Son comportement en récession mondiale n'a jamais été observé sur un cycle complet, l'épisode de mars 2020 ayant duré quelques semaines. Quiconque affirme que le bitcoin protège d'un choc précis extrapole au-delà des données disponibles.
La conséquence pratique est la même que pour l'or : une poche limitée ou nulle, dimensionnée pour que sa perte quasi totale reste supportable. Entre 0 % et quelques pour cent du portefeuille, la décision est personnelle et dépend de la tolérance de chacun. Ce site ne formule aucune recommandation, notre approche le précise.
Pour situer le contexte dans lequel cet actif cyclique évolue, le Baromètre de l'économie agrège chaque jour des séries macroéconomiques officielles et un indice de climat tiré de la presse : il montre où en est le cycle au moment où la question d'une poche spéculative se pose.
Fiscalité suisse : gains privés exonérés, fortune imposable au 31 décembre
Le cadre fiscal suisse est favorable et simple pour un détenteur privé d'ETF ou d'ETP bitcoin.
| Impôt | Application à un ETF ou ETP bitcoin |
|---|---|
| Impôt sur le revenu (gains en capital) | Exonéré pour la fortune privée |
| Impôt sur la fortune | Cantonal, sur la valeur au 31 décembre |
| Impôt anticipé de 35 % | Sans objet : aucune distribution, émetteur non suisse |
| Droit de timbre | 0,15 % (IBIT) ou 0,075 % (ETP d'émetteur suisse), par transaction via courtier suisse |
Les gains en capital réalisés dans la fortune privée ne sont pas imposés en Suisse. La réserve habituelle s'applique : une activité assimilable à du négoce professionnel de titres (transactions très fréquentes, effet de levier, détention très courte) peut être requalifiée et imposée comme revenu. Pour une position détenue sur des mois ou des années, ce risque reste faible.
Les positions entrent en revanche dans la fortune imposable. Un ETP coté se déclare au cours de clôture du 31 décembre. Pour du bitcoin détenu en direct, l'Administration fédérale des contributions publie chaque année un cours fiscal de référence dans sa liste des cours (ICTax), calculé à partir des principales plateformes de négoce. L'impôt cantonal sur la fortune s'applique dans les deux cas, à des taux qui varient selon le canton et le barème.
Aucun impôt anticipé ne vient compliquer la déclaration : cette retenue de 35 % ne frappe que les distributions d'émetteurs suisses, et ces produits ne distribuent rien. Le coût fiscal récurrent d'une position bitcoin se résume donc à l'impôt sur la fortune, et le coût transactionnel au timbre et aux frais de courtage.
Chiffres arrêtés au 17 août 2026.
Points clés
- •IBIT a collecté 37,2 milliards de dollars nets en 2024, la meilleure première année de l'histoire des ETF (données Farside Investors).
- •Encours de 47,0 milliards de dollars au 14 août 2026, mais une perte de 45,6 % sur l'année close au 30 juin 2026 (iShares).
- •L'accès depuis la Suisse dépend du courtier : pas de blocage de type PRIIPs, mais un timbre fédéral de 0,15 % sur ce fonds américain, contre 0,075 % pour les ETP cotés à SIX.
- •À SIX, l'ETP iShares IB1T coûte 0,15 % par an jusqu'à fin 2026 (puis 0,25 %), contre 1,49 % pour le 21Shares ABTC lancé en 2019.
- •Les quatre grands marchés baissiers du bitcoin ont effacé de 78 % à 94 % du sommet. Gains privés exonérés en Suisse, fortune imposable au 31 décembre.
Questions fréquentes
Un investisseur suisse peut-il acheter le Bitcoin ETF de BlackRock (IBIT) ?
Souvent oui, mais cela dépend du courtier. La Suisse ne connaît pas le blocage PRIIPs qui empêche les particuliers de l'UE d'acheter des fonds américains. Certains courtiers actifs en Suisse donnent accès aux ETF cotés aux États-Unis, d'autres le réservent aux clients professionnels au sens de la LSFin ou le refusent par politique interne. L'achat via un courtier suisse déclenche un droit de timbre de 0,15 % par transaction.
Quelle est la différence entre IBIT et IB1T ?
IBIT est un ETF américain coté au Nasdaq, avec 47,0 milliards de dollars d'encours au 14 août 2026 et des frais de 0,25 %. IB1T est un ETP coté à SIX depuis le 14 août 2025, négocié en francs suisses, avec des frais de 0,15 % jusqu'au 31 décembre 2026 puis 0,25 %. Juridiquement, IBIT est un trust qui détient du bitcoin, IB1T un titre de créance adossé à du bitcoin conservé chez Coinbase Custody International. Le timbre suisse est de 0,15 % pour IBIT et 0,075 % pour IB1T.
Les gains sur un ETF bitcoin sont-ils imposés en Suisse ?
Non pour un particulier dont la position relève de la fortune privée : les gains en capital sont exonérés d'impôt sur le revenu. La valeur de la position au 31 décembre entre en revanche dans la fortune imposable cantonale. Il n'y a pas d'impôt anticipé, car ces produits ne distribuent aucun revenu. Une activité assimilable à du négoce professionnel peut toutefois être requalifiée et imposée.
Un ETF bitcoin est-il moins risqué que le bitcoin détenu en direct ?
Le risque de marché est identique : IBIT a perdu 45,6 % sur l'année close au 30 juin 2026, comme le sous-jacent. L'ETF supprime la gestion des clés privées et loge le bitcoin chez un dépositaire institutionnel, ce qui remplace un risque opérationnel personnel par un risque de dépositaire. Historiquement, le bitcoin a perdu entre 78 % et 94 % lors de ses quatre grands marchés baissiers, quelle que soit la forme de détention.
Pourquoi l'ETP 21Shares ABTC coûte-t-il 1,49 % quand IB1T coûte 0,15 % ?
ABTC a été lancé le 26 février 2019, parmi les premiers ETP bitcoin adossés physiquement au monde, à une époque sans concurrence. Les émissions récentes ont comprimé les frais : IB1T de BlackRock à 0,15 % jusqu'à fin 2026, puis 0,25 %, et le Bitcoin Core ETP (CBTC) de 21Shares à 0,10 %. Sur un produit qui réplique le même sous-jacent, l'écart de frais se paie chaque année.
Ces analyses sont écrites par un développeur de stratégies quantitatives, qui gère le risque avant le rendement et travaille pour des fonds institutionnels. Comprendre mon approche